lundi 10 octobre 2011

Chronique #17 : Chacun son chemin!



C'est curieux comme la vie nous amène à faire des choix qui nous font vivre des expériences complètement étonnantes...  Il y a de cela trois ans, je ne pensais pas du tout vivre un jour à l'extrême Nord de la province!  Nous faisons des rencontres qui transforment et influencent notre existence...   Une amitié bien spéciale est à l'origine de notre motivation à venir vivre ici.  En nous invitant à venir les visiter à Salluit, nos amis nous ont permis de découvrir un environnement et un peuple merveilleux!  C'est incontestablement le début de notre histoire avec le Nord!  Les quelques jours que j'ai passés avec eux ici, m'ont apaisés de façon tout à fait singulière.  Je ne m'étais jamais sentie si libre et si "partie prenante" d'un lieu avant de mettre les pieds dans cet environnement.  Depuis cette visite, l'idée d'habiter ici a germée en nous et elle a tranquillement pris forme.  Plusieurs discussions, entrevues et téléphones plus tard, TADAM!  nous sommes installés dans une maison aux pieds de montagnes superbes, dans notre village d'adoption...  Une école et des élèves différents à découvrir pour Mathieu,  une routine et des tâches nouvelles pour les enfants et moi.  Après une période d'adaptation de quelques semaines, l'euphorie de la nouveauté passée, nous voilà maintenant officiellement établie.  Les liens se tissent entre les autres enseignants et notre famille, les rencontres sont chaque fois intéressantes et joyeuses...  Les journées qui passent nous offrent la possibilité d'approfondir nos personnalités respectives.  Et, comme je me suis donnée comme objectif de mieux connaître mes amours, de mieux les aider à grandir, je passe beaucoup de temps à les observer.  Je vous souhaite de prendre le temps de connaître les personnes qui vous sont chères.  C'est la plus belle des découvertes  à mes yeux!

Les enfants développent des intérêts divers... Léa qui a beaucoup réagit (vive les hormones!) à notre déménagement, avec une attitude changeante et des étalements d'émotions, est maintenant calme et bien adaptée à notre nouvelle vie.  Elle continue de travailler au quotidien dans ses livres scolaires.  Elle aborde les mathématiques avec plus de sérénité qu'avant.  Ce n'est pas sa "passion" la plus vibrante...  Mais, quand même, elle cherche à bien faire son travail et à assimiler ces notions qui sont, avouons-le, importantes pour le développement d'un esprit logique.  Elle continue de lire avec gourmandise et je vois qu'elle prend de la maturité par cette façon nouvelle qu'elle a d'organiser son horaire, ses notes et son travail.  Elle m'impressionne beaucoup, j'ai déjà été inquiète pour elle, je pense que mon attitude comme parent-guide, est extrêmement influente et que, par-dessus tout, il faut faire confiance à nos enfants...  Ils ont une force qui, même s'ils sont jeunes, leur permet de traverser les difficultés.  Socialement parlant, Léa a toujours eu l'approche facile...  Elle va vers les autres avec beaucoup de facilité et d'intérêt.  Il semble que les petits enfants la trouvent charmante (elle en est très fière!), une de ses forces est certainement de créer des liens avec les gens.  Elle discute avec les adultes, joue avec les jeunes de son âge et prend soin des bébés...  Léa est  une jeune fille très sociable, avec une belle ouverture qui la pousse à aller vers les autres.  C'est une qualité extraordinaire...  C'est certainement un trait de caractère distinctif de Léa.



Les deux autres sont plus réservés au premier abord et, bien qu'ils soient capables d'échanger avec les jeunes ou les plus vieux, ils n'ont pas le même désir d'aller vers les gens que leur grande soeur.  Sacha commence à voir le "travail" comme quelque chose d'utile (et non comme une corvée abrutissante...).   Ce changement de perspective est encore fragile...  Il s'agirait de peu pour que cette amélioration de perception s'écroule...  Il faut que ses expériences d'apprentissages soient tangibles et qu'il en réalise l'utilité afin qu'il persévère.  Sacha est quelqu'un de "pratique".  Il veut savoir à quoi servent les choses, les savoirs aussi! Vous savez la "fameuse" question : " À quoi ça va servir de savoir ça?"  Eh! bien, c'est son genre!!!  J'ai décidé de prendre le temps de lui expliquer...  C'est LE moyen qui fait du sens pour lui!  Il me demande des justifications...  des  explications...  POURQUOI?  Il ne se contente pas de PARCE QUE... comme réponse!  Pas plus que : « parce que je suis ta mère, ou ton père ou, anciennement, ton prof... »  Il n'y a rien de pertinent dans ces réponses!!!  Aimez-vous qu'on vous réponde ce genre d'insignifiances?  Honnêtement?  Moi, quand j'y pense, ça m'enrageait quand j'étais petite et qu'on me donnait ce type de réponses...  Mais docilement, je l'acceptais et je ne répondais pas.  Lui, il ne passe pas par-dessus…  Il a le courage, du haut de ses 8 ans (et même plus jeune) de demander qu'on le traite comme l'être humain qu'il est et qui a le droit d'être respecté au même titre que n'importe qui...  Adulte ou enfant!  Quand je réfléchis à  ça, je ressens beaucoup de fierté d'avoir un fils qui se tient debout!  Ce n'est pas de la défiance ou de l'impolitesse, c'est un besoin intense de justice...  Sur certains points, il me rappelle un homme merveilleux qui me manque énormément, il a la trempe de mon père, son Papi Yvan...  Il a une confiance en lui, une solidité et une droiture inébranlable.  Scolairement parlant, il a une belle facilité pour toutes les matières, mais une préférence pour les mathématiques.  En ce moment, il apprend  les tables de multiplications, il les applique à faire des résolutions de problèmes et il constate l'utilité de ces connaissances...  Merveilleux!  Il pratique aussi l'écriture cursive.  Je lui montre, en lui disant bien que, lorsqu'il saura comment faire toutes les lettres, de toutes les façons, ce sera à lui de choisir et de développer son écriture personnelle.



Ces temps-ci, je lis sur l'influence de notre écriture sur notre personnalité et le déroulement de notre vie.  Je ne voudrais pas vous inquiéter...  Je ne suis pas en train de devenir ésotérique!  L'étude de l'écriture est une science  reconnue...   La graphologie m'intéresse depuis longtemps, mais dernièrement,  je me suis mise à travailler mon écriture pour influencer mes expériences de vie.  Je me suis inspirée de Vimala Rodgers pour transformer mon écriture et par le fait même, améliorer mon vécu...  (Avec tous les changements qui se passent dans ma vie, je mets toutes les chances de mon côté!)  Alors, ce n'est pas moi qui vais dire à mes enfants qu'ils doivent utiliser les lettres attachées OBLIGATOIREMENT  à partir de tel âge!!!  L'écriture est comme nous : unique!  Elle représente ce que nous sommes...  En sachant comment tracer les scriptes et les cursives, ils doivent après cela, développer leur propre style, donc, leur propre personnalité. 
Enfin, c’est mon opinion!

Amandine est encore jeune, mais elle a une bonne confiance en elle  Elle est indépendante.  Elle aime apprendre, me demande pour faire des calculs (additions et soustractions) tous les jours sur le « faux tableau noir » qui décore notre cuisine (surface autocollante noire, achetée au magasin 1$, un super achat)!  Cette semaine, elle a adoré faire des exercices de géométrie et des statistiques (à son niveau bien sûr!).  En première année, l’apprentissage se fait encore beaucoup par le jeu.  Elle s’amuse beaucoup dans les petits cahiers que je lui fournis.  En regardant faire son frère et sa sœur, elle retient parfois les notions des niveaux scolaires supérieurs au sien…  Au grand dam de ses aînés, elle répond souvent plus vite qu’eux à mes questions!!!  Sa vivacité d’esprit, sa grande curiosité l’aident beaucoup et, je pense qu’elle se débrouillera très bien dans son cheminement d’apprentissage. Après avoir appris à lire par ses propres moyens, elle veut maintenant apprendre à jouer du ukulele en suivant une méthode...  Heureusement, son musicien de père n'est pas loin pour les conseils!!! Elle a la chance de pouvoir, dès le début, faire ses apprentissages à son rythme, selon ses intérêts.  Nul doute que, n’ayant pas subi de mauvaises expériences reliées au milieu scolaire, elle se développera de façon très paisible.  J’ose l’espérer…


Notre décision d’éduquer nos enfants à la maison est un choix de vie qui me rend très heureuse!  Leur offrir la chance rare d’évoluer librement est, d’après moi, un cadeau inestimable.  Une suite logique de notre façon de faire avec eux depuis leur naissance.  Je désirais les allaiter de tout mon cœur, je l’ai fait entre 10 mois et 1 an pour chacun.  Ils ont dormi entre nous, dans le lit parental, ils n’ont pas pleuré seuls dans leur basinette quand ils étaient bébés…  Je ne dis pas qu’il s’agit là de LA bonne méthode pour tous…  Je crois cependant, que c’est LA bonne pour nous…  En tous cas, c’est notre choix.  Le chemin que nous avons choisi…  J’aime l’idée que nous avons le libre arbitre quand vient le temps de décider de notre vie.  C’est ce qui rend notre parcours intéressant, stimulant, intrigant!  Les surprises sur la route, les bifurcations qui nous font changer, qui nous transforment sont, en bout de ligne, la VIE elle-même!  John Lennon (il partage avec Mathieu, le titre officiel « d’homme de ma vie » :)) chantait que « life is what happens to you while you’re busy making other plans… ».   C’est ça…  Juste ça…  Tout ça…  

 N’est-ce pas merveilleux de savoir qu’on est son propre maître et que le chemin à parcourir est unique pour chacun d’entre nous?!

Bonne route!

samedi 8 octobre 2011

Chronique # 16 : La magie du jeu...



Au moment de préparer notre premier voyage de boîtes pour notre "déménagement" dans le Grand Nord (il est parti de Montréal le 3 juin dernier...), Mathieu et moi avons choisi de ne pas amener de télévision extravagante puisque, de toutes façons, nous espérions que cette période d'éloignement permette à nos trois enfants d'oublier un peu Télétoon, Télé-Québec et toutes les émissions qui leur occupent si facilement l'esprit...   Une télévision de 14 pouces a donc été envoyée à Salluit avec une quantité intéressante de films, une console de jeux WII et un X-Box (qui a rendu l'âme quelques jours après notre arrivée ici, malheureusement!).  Il n'a jamais été question pour nous de nous abonner au câble ou à un satellite pour avoir accès à 1500 postes de partout, tous plus "palpitants" les uns que les autres!  Non...  La paix!  Le plus beau dans tout ça, c'est que les enfants n'en parlent même pas!  Je n'ai jamais eu de plaintes ou de questions concernant les postes de la télévision.  Je dois avouer que ça fait mon affaire!  Je ne regardais pas la télévision à Joliette, je ne commencerai pas à Salluit!

Dans notre deuxième voyage de marchandises pour le Nord, j'ai pris soin (avec l'aide des enfants) d'ajouter aux bagages les jouets qui se devaient de suivre...  Ceux sans lesquels ils ne pourraient survivre...  Surprise!  Pour les trois cocos, un seul bac Rubbermaid, même pas plein...  Deux poupées, une collection de Littlest Pet Shop, quelques peluches pour mieux dormir, les épées laser Star Wars, des Barbies (et accessoires...), des figurines Batman...  Voilà!  Ils sont moins demandant qu'on se l'imagine parfois...  J'ai pris sur moi d'organiser un bac rempli de matériel d'art, pour bricoler et créer à notre guise...  Ça m'aurait manqué autant qu'à eux!  Passer du temps à imaginer, à se laisser aller à la création!  C'est utile et agréable pour toute la famille!  J'avais un autre bac, plein de jeux de société...  Des jeux qui sont des "classiques", auxquels on joue depuis longtemps ( les échecs, Piratatak, Pouet-Pouet, Photo Safari ( formidable pour la géographie), Le Pirate Boum, Shut the Box (pour mémoriser des calculs : additions, soustractions, multiplications, divisions...) et de nouveaux jeux afin qu'on développe d'autres passions.  Parmi ces derniers, un en particulier : Carcassone Big Box.  C'est la folie!  On adore ce jeu!  Il faut réfléchir, user de stratégie...  En plus, il est magnifique! Il y a aussi Bla, Bla, Bla (je l'utilise pour leur faire inventer des histoires, imaginer des descriptions...), Tangranimo pour la logique,  Dao qui ressemble un peu au tic tac toc, mais en plus complexe quand même!  Certains sont superbes!  Chocolate Fix est aussi beau à regarder qu'il est captivant à jouer, North Pole Camouflage est, disons-le, assez dans le thème!  Il est aussi fantastique pour développer la stratégie et... la patience!  C'est un casse-tête dans le même genre que Rush Hour, mais en plus adapté à notre environnement! ;)


Tous ces jeux sont à la fois divertissants, stimulants, éducatifs et amusants!  Parfois, les enfants en préfèrent un pendant quelques jours, puis c'est le tour d'un autre et ainsi de suite...  Ils ne sont jamais "dépassés", c'est là leur plus grande force!  Ils ont aussi le don de nous rassembler tous les cinq autour de la table pour partager de bons moments.  Comme effets secondaires, je dirais qu'ils permettent de pratiquer la patience, de respecter le tour de chacun, qu'ils demandent qu'on soit attentifs à l'autre, qu'on écoute avant de se prononcer...  On apprend aussi le civisme en jouant...  Plus jeune (peut-être parce que je suis enfant unique?), je détestais les jeux de société!  Maintenant, à voir tout le positif que peut apporter un simple jeu de table, je n'y vois que des avantages!  Je chéris les  moments passés à rigoler avec mes amours, je jubile de les voir travailler pour solutionner un casse-tête parce que je sais qu'ils en retireront fierté et plaisir une fois le mystère résolu!





Bien sûr, depuis deux mois que nous sommes ici, nous avons eu le grand bonheur de recevoir des jouets supplémentaires à quelques reprises...  (Merci Mamie et Valérie!)  Les pailles de constructions, les LEGO, les billes (avec lesquelles mes enfants jouent à la pétanque!  C'est une inspiration de notre ami J.) et les Playmobil sont des surprises qui sont venues redonner un regain d'énergie à l'imagination des petits et des grands!  Ils ne se fatiguent pas d'inventer des constructions, des scénarios, des parcours pour mettre à profit les objets qui leur tombent sous la main.  Il n'est pas rare de voir un personnage Playmobil venir délivrer sur son bolide en LEGO une pauvre Barbie sans défense et prisonnière d'une tour faite de pailles...  Les figurines de policiers deviennent des princes romantiques dans les mains de Léa, alors que Bébé Do peut se métamorphoser en géant  cruel voulant attaquer les habitants du château quand Sacha réussi à prendre sa revanche sur ses soeurs!  Les jouets sont beaux, ils excitent les enfants lorsqu'ils les reçoivent...   Mais en fin de compte, c'est leur imagination qui les occupent!  C'est dans leur tête que se passe la magie...  L'objet qu'est le jouet est un trésor précieux entre leurs mains...  Ils ne savent pas encore que la VRAIE ressource se trouve en eux, l'imagination qu'ils approfondissent en s'amusant, est leur véritable richesse...   La preuve en est qu'une énorme roche, près de la rivière devient un cheval de rodéo pour quelques minutes, que des boîtes de carton vides servent de voitures ou de cachettes secrètes, des personnages invisibles qui sont parfois des alliés, parfois des ennemis, enrichissent les nombreux scénarios (dignes d'Indiana Jones!)...




C'est merveilleux, car l'imagination peut se développer à tous moments, peu importe notre âge, peu importe où on se trouve...  J'ose ici reprendre les paroles de Einstein (je sais...  elles sont souvent reprises...  mais cela prouve peut-être qu'elles sont vraies!), "L'imagination est plus importante que le savoir..."  Je suis persuadée qu'il croyait que le savoir était TRÈS important, ce qu'il tentait d'expliquer, c'est qu'avec de l'imagination, EN PLUS DU SAVOIR, il est possible de trouver des solutions originales, de voir au-delà de l'habituel...



Ceci étant dit,  je me demande ce qu'est la bêtise?   Serait-ce d'être borné?  De refuser de changer?  De croire que l'on détient LA vérité?  J'espère que mes enfants remettront souvent les choses en question, qu'ils chercheront des perspectives nouvelles toute leur vie.  Je souhaite qu'ils osent prendre des chemins inconnus, qu'ils tentent leur chance souvent...  "Qui ose gagne" (c'est la devise des Forces Spéciales Britanniques), n'est-ce pas le but du jeuPrendre plaisir à jouer ( bien sûr),  mais surtout vouloir s'en sortir gagnant!

vendredi 7 octobre 2011

Chronique # 15 : Une part d'ombre et de lumière...



Chez les Inuit, on peut devenir parent très jeune, j'ai une amie de 47 ans qui est déjà grand-mère plusieurs fois...  C'est une roue qui tourne, ils ont, de générations en générations, des enfants très tôt dans leur vie.  L'idée de communauté est très forte autour des jeunes parents, alors il n'est pas rare de voir les grands-parents prendre sous leurs ailes enfants et petits-enfants...  Il est difficile de démêler les liens de parentés qui les unissent tous entre eux...  C'est complexe, car l'adoption est très répandue.  Ta mère est peut-être ta grande soeur ou ta tante...  Ce n'est pas un secret, ils savent, entre eux, qui est qui, mais le sujet reste un peu tabou...  On n'en parle pas.  Au fond, l'important, c'est que les enfants soient entre bonnes mains.  Ici, l'enfant est roi!  C'est à la fois une bonne et une mauvaise chose...   Il peut toucher à peu près à tout, aller là où il veut, dire et faire ce qu'il veut...  Ce sont des enfants dégourdis et débrouillards très tôt,  mais, pour nos yeux "du Sud", c'est parfois déstabilisant...  ça m'amène à me questionner beaucoup.  C'est Margaret Mead (dont je vous reparlerai un jour!) qui a déterminé, par ses études sur des civilisations encore méconnues à son époque, que les jeunes doivent être mis en situation de "responsabilité" assez tôt dans la vie (et selon leurs capacités) pour développer un sens du "soi", qu'ils restent équilibrés et qu'ils grandissent pour devenir des adultes épanouis et "satisfaits" de leur existence.  En voyant ce qui se passe ici, en écoutant parler de l'avenir qui se dessine pour les jeunes inuit, je me demande s'il ne leur manque pas un peu de défis positifs à relever?  Une stimulation qui ferait ressortir le meilleur de ce qu'ils sont... Qui les "enlignerait".  Je ne veux pas juger, je me sens mal placée pour le faire, comment juger tant qu'on a pas "chaussé les souliers de l'autre"?  Les questions tournent en rond dans ma tête, sans but...  Un peu à l'image de ces enfants du Nord...  :(

Quand je regarde évoluer mes enfants, que je les observe discrètement pendant leurs jeux ou leurs interventions les uns avec les autres, je suis surprise parfois de remarquer à quel point ils changent, à quel point je ne sais pas "tout" d'eux...  Bon, je sais bien qu'on ne peut pas "tout" savoir sur personne, mais je suis étonnée par leurs réactions, leurs façons de voir et d'interpréter la vie.

Parfois, on répète tellement les mêmes avertissements, on s'imagine qu'ils ne les assimileront JAMAIS...  Puis, tout d'un coup, on s'aperçoit qu'il n'est plus besoin d' intervenir...  Ils le font, ils le savent...  Ils ont acquis!  De temps en temps on reconnaît l'influence de papa, le ton de maman, les expressions de Mamie...  Puis à d'autres moments, ils ne sont sous aucune influence...  Ils sont qui "ils" sont, et c'est merveilleux!  Un amalgame nouveau, unique et fantastique : un être "original".  Dans ces occasions là, où ils m'impressionnent par leur unicité, j'ai envie de tout noter, d'archiver leurs finesses...  Je suis certaine que plein de parents ont les mêmes idées folles que moi!  Nos enfants sont toujours les plus "cute", c'est bien connu! ;)


Si on s'arrête un peu, on constate que même les petits travers sont charmants...  Amandine a tendance à déformer à peu près tous les mots...  Elle parle d'un mousquetaire pour se protéger des moustiques, De la laine pollen... en hiver, c'est plus chaud!  Elle nous dit qu'elle était toute "excitante" (en attendant d'ouvrir les boîtes-surprises qu'on a reçues de ma mère dernièrement...) en fait elle voulait expliquer qu'elle était excitée et... qu'elle s'excusait d'être énervante!  Des expressions déformées et drôles, elle en dit tellement...  je ne les ai pas toutes notées et je le regrette...  À chaque fois on rit comme des fous!  Un soleil sur deux pattes!  Voilà la meilleure définition de ma fillette!  Quelqu'un d'autre à déjà chanté :" ma petite est comme l'eau, elle est comme l'eau vive...", ça lui va très bien aussi...  Mathieu la décrit parfois comme du bonbon...  Des lèvres en sucre, des yeux de noisettes, des joues sucrées et tendres comme du gâteau...  C'est elle encore...   Amandine  me charme, me surprend, m'attendrit...  Je suis heureuse d'être ta maman ma sauterelle!


Léa est de plus en plus sage et beaucoup plus calme depuis quelques temps...  Elle est candide dans ses répliques et ce qu'elle nous dit est tellement vrai, il ne nous reste plus qu'à avaler la pilule...  Il y a peu de personne qui arrivent à me bouche bée, mais elle, ma fille aînée, a réussi plus d'une fois.  Je me souviens de la première fois où elle a osé me répondre...  J'étais complètement désarmée par son commentaire, je ne pouvais qu'être de son avis.  Ma vie n'a pas toujours été aussi paisible qu'elle ne l'est maintenant et mon attitude face à mes enfants en était grandement affectée (sad but true...), un jour ou je la sermonnais en disant que "moi, quand j'étais petite...bla, bla, bla...", ma fillette de 9 ans à cette époque, m'a regardé longuement pour enfin me répondre : "mais, maman, je ne suis PAS toi..."  Et PAF! dans les dents!  Elle avait raison!  Pourquoi s'attendre à ce que nos enfants soient comme nous?  Je leur souhaite d'être mieux encore!!!  Je prie pour qu'ils aient des occasions positives d'aller encore plus haut!  Une chose est certaine, je n'ai plus jamais utilisé la comparaison dans le but de convaincre mes enfants de faire ou de ne pas faire...  Léa a une force de caractère remarquable.  Elle fait son chemin sans se laisser influencer par la mode, les amies ou... moi! C'est tant mieux!  Je suis tellement heureuse que tu aies le cran d'être originale et fière de l'être...  Sois toi-même!  Reste intègre!  Tu es merveilleuse ma belle!



Sacha, "c'est mon fils", (comme le disait Benoît Brière dans une annonce de Bell, il y a de cela quelques années...) depuis qu'il est au monde, on a un lien bien particulier lui et moi...  Comme une dépendance commune...  Je ne sais pas si cet attachement nous aide ou s'il nous nuit...  Un peu des deux sûrement!  Fiston, c'est un charmeur professionnel!  Il est insistant, têtu, un brin manipulateur ( il n'est pas méchant, mais il n'apprécie pas de perdre, préfère être premier en tout... vous voyez le type?)  Je dois avouer, il a parfois un sacré tempérament!  Il faut bien qu'il ait un petit défaut!!!  Personne n'est parfait!  Hihihi!  Sans blagues...  Pas toujours facile à suivre mon bonhomme...  Il est orgueilleux, il a l'esprit de contradiction, il est extrêmement sensible, donc facilement "blessé".  En même temps, c'est un garçon sincère, affectueux, généreux, avec des valeurs humanistes et un sens de la justice très aiguisé qui font de lui une personne remarquable.  Il a un sens de l'humour désopilant, un esprit vif et pertinent...  Il a le don de m'attendrir comme personne et, sans être de la télépathie, je dirais qu'on se comprend sans un mot la plupart du temps.  C'est lui qui m'a fait devenir une "vraie" adulte...  Après sa naissance, je me suis sentie "entière" pour la première fois de ma vie...  C'est un cadeau inestimable qu'il m'a offert, n'est-ce pas?  Il me "challenge" fréquemment, m'oblige à faire du sens, à être stable et "on top of things..." Il ne me laissera jamais être moins que ce que je suis.  Merci mon trésor!

Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas!  Les enfants changent tout autant...  Ils mûrissent, se découvrent et par le fait même, nous permettent de les découvrirent.  Nous assistons, aux premières loges, à la création d'humains formidables et uniques au monde...  Nous avons le privilège de les accompagner à travers leur cheminement de vie.  De les influencer un peu afin qu'ils trouvent leur place, celle qui pourra être comblée par eux seulement.  Comme nous tous, les enfants sont ici dans le but de jouer un rôle qui leur est destiné.  Je ne crois pas au hasard...  À la synchronicité, oui...  S'ils sont nos enfants, si nous sommes leurs parents, c'est parce qu'on avait besoin les uns des autres pour mener à bien notre évolution...

Je constate que moins je mets d'emphase sur "l'école", plus les activités d'apprentissages s'intègrent dans les actions du quotidien, plus c'est efficace...  Je me suis tellement "débattue" quand j'enseignais pour que mes élèves comprennent que l'enseignant devrait être considéré comme  un allié dans leur démarche, qu'on était dans la même équipe...  Les enfants propagent (entre eux) le sentiment qu'ils doivent se méfier des adultes (des enseignants, des intervenants...) à l'école.  Ils sont rares les jeunes qui arrivent dans nos classes sans préjugés...  Il faut, avant même de se mettre à enseigner notre matière, les apprivoiser, les convaincre que nous aurons une relation équitable et que notre intérêt premier, c'est leur bien-être...  Mes enfants ne font pas exception...  Fiston détestait le milieu scolaire...  Je le sentais désabusé  en première année...  Le niveau de stress de Léa était tellement élevé en classe qu'elle avait développé des migraines chroniques...  Depuis qu'elle est à la maison, finies les migraines!  Je pense que ça signifie quelque chose... Non?  Puisque les enfants aiment (comme tous les êtres intelligents) apprendre, ce n'est pas "la matière" qui est la cause du problème...  Je crois que c'est au niveau de la gestion des humains que se trouve le malaise.  Tant qu'on parlera des enfants comme des choses, des êtres dépourvus d'émotions, qu'on leur demandera d'adopter une attitude irréprochable en classe (que la plupart des "maîtres" ne sont pas capables d'adopter eux-mêmes...  Avez-vous déjà assisté à une réunion d'enseignants?  C'est le "free for all"...  Ça parle, ça se lève n'importe quand, ça rit, ça dessine, ça corrige, ça lit...  Bref, ça fait tout ce que ça défend aux jeunes de faire en classe!) la situation restera sans issue.  Non, vraiment, l'acte d'enseigner devrait être respectueux envers les apprentis...  Ils apprendraient ainsi la plus noble des leçons...  Je pense que les problèmes viennent TOUJOURS des adultes ! Je ne blâme pas uniquement les enseignants (dont je suis), les parents ont certainement un rôle primordial à jouer...  Nous sommes les responsables!!!  Trop souvent, on hausse les épaules sans trop penser aux conséquences des nos paroles, de nos actes.  Les jeunes qui nous sont confiés absorbent tout.  Nous sommes ceux qui doivent changer afin qu'ils puissent changer à leur tour et améliorer la situation que tous, adultes et enfants, ont à subir dans le milieu scolaire.

Il serait vraiment fantastique que les enfants, TOUS les enfants, puissent avoir la chance de devenir (à leur rythme) et de faire , avec juste ce qu'il faut d'encadrement, ce pourquoi  ils sont ici...

J'ai déjà lu une phrase qui disait ceci :"Le soleil n'oublie pas un village parce qu'il est petit... " (Je l'ai dis tellllllemmmment souvent à mes élèves pendant mes années avec des élèves au cheminement particulier quand ils se sentaient découragés, démotivés, dépassés...).
J'espère que c'est encore vrai... et qu'il n'oubliera pas Salluit...  :)


lundi 3 octobre 2011

Chronique # 14 : Époustouflante nature...



Depuis que nous habitons à Salluit, je me sens en vacances...  En pleine nature, avec une maison confortable et une atmosphère paisible (parce que nous sommes relativement loin du "quartier chaud" du village), la possibilité de sortir, de faire des randonnées, d'être libre de mon temps...  C'est pas mal du tout!  Rien de tel pour aider à éclaircir les idées!


Hier, nous sommes partis pour une randonnée sur le sentier, mais les enfants ont préféré escalader la paroi de la montagne!  Ils aiment se dépasser, se sentir libres d'aller là où ils veulent.  Un avantage qu'on a à vivre ici, c'est l'immensité du terrain de jeu!!!



Je me souviens, il y a quelques mois, quand j'ai lu Libres enfants de Summerhill, de Alexander S. Neill, je les enviais de la grandeur de leur terrain, de l'espace qu'avaient les enfants pour s'émanciper, "se perdre" dans leurs jeux et rêver d'aventures...  Ici, mes cocos sont servis!  Ils sont tellement beaux à voir!  Je constate que je m'améliore côté "protection excessive"...  Je les laisse beaucoup plus gérer leurs "va-et-vient" lorsqu'ils explorent leur nouvel environnement.  Il y a quelques jours, on prenait des photos sur le rivage (près du magasin général, le Northern) et hier, au même endroit, les enfants ont marché très loin, dans le fond marin, à chercher les moules, à tripoter des algues, à courir à travers les rochers. Le milieu change tellement rapidement ici... En l'espace de 3-4 heures, la rivière qui coule derrière la maison se remplit et se vide,  nous laissant des lieux fabuleux à explorer.  Comme la rivière se gonfle grâce à l'eau de la baie, cette dernière se transforme tout autant... C'est très impressionnant! De notre salon, nous pouvons voir l'eau s'approcher ou s'éloigner du rivage. C'est à ce même endroit aussi, il y a quelques semaines, que nous avons eu le chance d'observer des phoques qui y batifolaient.




Photo prise à marée basse alors qu'ils marchaient dans la baie...  Remarquez les montagnes...

Le Northern est le premier bâtiment, en haut, à gauche...  On est loin, hein?


Photo prise à marée haute (quelques jours plutôt), derrière le Northern.  Au loin, on voit les mêmes montagnes que sur l'autre photo.

Pour revenir au livre de A.S. Neill, il est l'un des plus marquants concernant l'éducation des enfants...  Bien que je ne sois pas d'accord avec l'auteur sur tous les points, je dois avouer que son message m'a fait réfléchir.  Il prône une liberté quasi totale pour les enfants, une ouverture qu'on voit peu dans toutes les autres approches en éducation (que ce soit Montessori, Waldorf ou l'école traditionnelle).  J'ai compris grâce à son livre que la liberté qu'il offrait aux jeunes n'était pas synonyme d'anarchie.  L'anarchie provoque inévitablement le désarroi chez l'enfant...  Vivre sans règlements peut sembler euphorisant au début, mais, très vite, les jeunes esprits n'y voient plus d'intérêt et la sensation de départ fait place au vide qui, lui, les ravage!  Les enfants, comme les adultes, ont besoin que leur existence fasse du sens.  C'est bien triste à dire, mais des jeunes laissés à eux-mêmes, sans repères, s'ennuient...  Quand ils s'ennuient, ils se divertissent comme ils le peuvent, bien souvent de façon  peu constructive...

Des exemples d'enfants délaissés, il y en a... ici comme ailleurs!  Mais puisque la communauté est petite, ils nous semblent bien nombreux...  On les voit, très tard le soir, qui traînent à la recherche d'un mauvais coup à faire...  J'ai été témoin, il y a de cela quelques jours, du vol d'un bidon  d'essence (que des ouvriers de la commission scolaire avaient laissé dans la boîte de leur camion), commis par trois jeunes garçons qui conduisaient un quatre-roues.  J'ai aussi vu des enfants s'amuser à vandaliser la maison en face de la mienne (personne n'y habite en ce moment) que des ouvriers du  Landholding s'efforcent de rebâtir. Les enfants en manque d'encadrement sont des âmes en peine qui errent sans but...  Pour vraiment aider ces petits êtres à devenir grands,  il faut doser nos interventions.  Pas si simple?  Ça, c'est certain!  Trouver l'équilibre et offrir l'espace nécessaire pour qu'ils s'épanouissent sans être contraints et, en même temps, sentir qu'ils sont "guidés", soutenus par les adultes qui gravitent autour d'eux.


Mais revenons à notre randonnée...
Tout en se promenant, mes enfants ont vu de près un nid de mouettes, la "propriétaire" du nid se défendait contre des corbeaux qui l'embêtaient et tentaient de l'intimider en survolant son nid continuellement.  Les enfants observaient la scène à 20 pieds à peine...  Non loin de là, Sacha a découvert un crâne de renard. Nous avons pris le temps d'observer cette trouvaille et aussi de photographier les archéologues amateurs avec leur trésor!   Parlant de renard, j'ai observé des pistes de ce charmant animal dans le sable du fond de la rivière près de chez-nous...  Il paraît qu'un renard tout blanc ait été vu, un peu plus loin, il y a quelques jours...  Les chiens du village l'ont senti, ils s'amusent à renifler les pistes qui semblent les mener nulle part!  C'est tout petit un renard, à peine plus gros qu'un chat...  Les enfants n'en revenaient pas!  Regardez sur les photos, vous pouvez comparer la différence de grosseur entre une empreinte de chien et celle d'un renard.  À la fin de notre randonnée,  la température était froide et la neige s'était mise à tomber ...

 




Le paysage change et il sera bientôt complètement transformé...  L'hiver est déjà à notre porte!  On a voulu vivre le Grand Nord pour cette expérience aussi!  Comme le disait mon amie Sophie lors d'une de nos discussions téléphoniques, (et elle sait bien de quoi elle parle, puisqu'elle a vécu ici plusieurs années...)  à Salluit, il n'y a pas d'automne!  Nous passons de l'été (frais) à l'hiver, en quelques jours...   Les montagnes sont devenues beaucoup plus sombres, à l'exception des touches de neige qui restent ici et là (sur les sommets surtout, évidemment...).  La teinte de vert que l'on pouvait voir grâce aux buissons et à la mousse sur les roches est complètement disparue...  Je me souviens (grâce à mes deux précédents passages à Salluit) comme les montagnes semblent encore plus inaccessibles les unes que les autres quand tout est immaculé et que l'horizon disparaît parce que nos yeux, éblouis par la blancheur, n'arrivent pas à départager le ciel de la terre.  Les lieux sont alors incroyablement beaux!  Là, on sent vraiment qu'on est dans un autre univers!  Ce sont ces paysages là qui m'ont conquise...  Il y a un charme dénudé très particulier dans le Nord.  Comme si on percevait mieux la grandeur de la nature...  L'infini en quelque sorte...  Il y a encore de magnifiques moments à venir!  J'ai vraiment hâte de voir la réaction des enfants et de connaître leurs impressions du VRAI Grand Nord, quand tout sera blanc! :)

samedi 1 octobre 2011

Chronique # 13 : Je lis. Tu lis. Ils lisent!

La lecture est une source d'influence dans nos vies, une source de plaisir aussi! 

Ma fille Léa a reçu plus de livres que de jouets pour son anniversaire, elle en était ravie!  Elle est une dévoreuse de livres! Elle aime particulièrement les séries qui lui permettent de vivre avec les personnages pendant de longues périodes.  Elle adore Harry Potter (comme nous tous!!!), elle est (je crois) secrètement amoureuse d'Amos Daragon, elle veut se déguiser en Celtina pour l'Halloween! Elle est amie intime avec Aurélie Laflamme et Namasté...  Elle est partie à l'aventure avec Géronimo Stilton dans tous ses romans...   Cependant, elle  fouine aussi dans les encyclopédies sur la nature, les atlas ou dans les recueils de poésie, de contes ou de légendes...  Ses goûts se développent, son imagination aussi...  Elle s'adonne maintenant de plus en plus à l'écriture.  Peut-être me permettra-t-elle, un jour, de vous partager une de ses créations.   ;)


Sacha, lui, prend plaisir à lire des oeuvres courtes.  Des légendes (inuite), des histoires sur la mythologie grecque, sur les animaux magiques, les monstres légendaires (vampires, trolls, yétis, ogres, cyclopes...), il aime les morales à la fin des contes, il n'est pas rendu aux fables, c'est encore trop complexe, mais ça viendra!  Il est fou de B.D.  Il adore Tintin et la facette historique de ses aventures.  Dernièrement, il a découvert Géronimo Stilton (en B.D.), il les consulte à tous les jours.  M. Pennac serait fier de lui, fiston applique les droits du lecteur que l'auteur explique dans son livre Comme un roman. Il se permet de sauter des pages, d'y revenir, de commencer par la fin...  Il s'amuse!!!  Je suis extrêmement heureuse de le voir développer son goût pour la lecture, je le laisse aller, un jour viendra où il lira, du début à la fin, les livres qu'il choisira.  Il faut garder la foi!!!


Récemment, ils ont tous les trois découvert les livres-audios.  Ils sont vite devenus accros!  Ils se promènent dans la maison, les écouteurs dans les oreilles, attentifs à l'histoire qui leur est racontée.  De cette façon, ils ont  fait la connaissance de personnages merveilleux (et d'auteurs qui le sont tout autant!) tel que Grégoire, le personnage d'Anna Gavalda dans 35 kilos d'espoir.  Ou encore, Le Roi Arthur (et tous les autres chevaliers) dans le roman de Michael Morpurgo. Grâce aux livres-audios, ils ont accès à des romans encore trop demandants pour leur capacité en lecture (pour Sacha et Amandine), mais ils prennent  un plaisir immense à entrer dans ces univers par la voix d'un autre lecteur.   Cette nouvelle passion les mène à plein de questionnements, donc à faire plein de références et, donc, à faire plein de liens...  Finalement, ils en viennent à accumuler les connaissances et c'est ainsi qu'arrivent des tonnes d'apprentissages...  Oui, je peux dire que mes enfants possèdent une solide culture générale pour des jeunes de leur âge!  Nous en sommes très heureux!


Avant de partir, cet été, j'ai fait "le plein" de livres et d'albums pour mes amours...  J'avais trouvé un album vraiment charmant qui parle des ours polaires (thématique!) et qui sensibilise les lecteurs sur le recyclage en même temps.  En effet, on peut suivre deux histoires de front dans le livre.  La vie et l'évolution des "nanuks" d'une part et une section explicative sur comment une boîte de carton est devenue le livre que l'enfant tient dans ses mains.  Amandine l'adore!  Il est écrit gros, avec des termes justes, mais simples.  Elle a lu toute la section sur la récupération (j'aurais cru qu'elle aurait préféré les ours, mais bon...), la coquine était vraiment fière d'avoir lu "tout un livre"!!!  Elle aussi fait honneur aux droits du lecteur de Daniel Pennac...  C'est bien, elle aime les livres, elle les regarde plus qu'elle ne les lit, mais rappelons-nous qu'elle est une lectrice autonome depuis quelques mois seulement!  C'est déjà fantastique!


Je le mentionnais dans une autre chronique, je les fais lire à voix haute tous les trois.  C'est une habitude que nous avons gardé de l'école.  Ils le faisaient en devoir, le soir quand ils fréquentaient l'école, de mon côté, je faisait lire mes élèves en classe.  La lecture à voix haute, ça demande beaucoup plus d'efforts que la lecture pour soi.  Ça demande de bien suivre le sens du texte et la ponctuation, d'avoir de l'assurance, de se faire des images dans sa tête au fur et à mesure, comme un film, pour mieux comprendre... Ça développe l'esprit et des habiletés différentes que de lire uniquement dans sa tête.

J'ai eu la chance, quand j'étais petite, que mes parents m'offrent plein de types de lectures .  Je crois sincèrement que c'est ce qu'il faut faire pour  transmettre aux enfants le désir de lire.  Rendre disponible la lecture de bandes dessinées, de romans, de magazines pour les jeunes (il existe des publications formidables,  par exemples : Astrapi, Les Explorateurs, Délire, Je Bouquine, J'Aime Lire...), des livres de blagues, des recueils de poésie destinée à la jeunesse, des albums illustrés qui sont aussi beaux que des oeuvres d'art!  Les livres sont des objets de référence, des objet précieux, des objets d'évasion, des objets d'inspiration.  Mathieu et moi avons transmis à nos trésors notre passion pour la lecture, par l'exemple tout simplement...  Parce que nous sommes deux fous des livres, deux amoureux de l'écriture aussi...  Nous souhaitons surtout offrir la lecture comme une possibilité de sortir de l'ordinaire, de vivre, de voyager,  afin de toujours trouver autre chose, pour aller plus loin...  Parce que ça donne la possibilité de mieux s'approprier tout le reste dans la vie, il suffit de trouver ce qui nous allume en lecture...  pour avoir la piqûre, pour prendre plaisir à lire.

Les Inuit ont peu d'aptitudes pour la lecture.  Comment pourrait-il en être autrement?    Il y a bien peu de livres écrit en inuktitut (ou inuttitut)...  Les bouquins qu'on retrouve sont en anglais ou en français.  C'est pour eux leur 2e ou 3e langue...  En se pratiquant peu à lire, ils n'ont pas de chance de s'améliorer, de s'ouvrir au reste du monde.  Les traditions orales sont très puissantes dans la culture inuite, est-ce un piège?  Sans la lecture, il est difficile d'aller au-delà de leur communauté, de s'ouvrir au reste du monde. Alors, la télévision prend beaucoup de place dans leur vie, ils sont très influencés par la pop culture.  Plusieurs d'entre eux ne voient plus la richesse de leur propre culture et ils la perdent  à trop subir l'influence du Sud.  C'est un gâchis...  Les solutions pour venir à bout de ce problème sont encore bien loin...

Tout le monde aime se faire raconter des histoires...  Lire, c'est ça aussi, un cadeau qu'on se fait à soi, ou pourquoi pas, aux autres... Depuis qu"ils sont tout-petits, nous faisons la lecture à nos enfants, comme une routine, le soir avant de dormir...  Ils nous arrive aussi,  mon homme et moi, de nous faire la lecture, l'un à l'autre.  On partage ainsi nos trouvailles littéraires.


Dans ma classe, j'avais une pensée sur le mur qui disait : "Je suis constitué de tout ce que j'ai lu", une citation de John Kieran.  C'est vrai que tout ce qu'on lit, qui nous touche, demeure en nous et nous transforme...  À chaque fin d'année scolaire,  j'avais l'habitude de dire à mes élèves que si j'avais réussi à les faire découvrir un auteur, un style de lecture, une oeuvre qui les avait allumés, j'avais atteint mon objectif et j'en étais satisfaite...  Quant à mes enfants, je suis tellement heureuse qu'ils aiment la lecture et les livres...  Ils ont déjà dans leur bagage plein de souvenirs des histoires qu'ils ont découvertes et des informations concernant une multitude de sujets.   Quand on sait lire et qu'on en tire satisfaction, on est plus ouvert, plus conscient, plus cultivé et plus imaginatif...  C'est un bon moyen de devenir une meilleure version de soi!  Quand on y pense, l'objectif de la lecture (et de l'éducation) n'est pas de rassasier, mais d'ouvrir l'appétit!

(cette dernière pensée n'est pas de moi, mais je ne sais plus ou je l'ai prise...  Elle est tellement vraie que je voulais tout de même vous la partager!)  :o)

P.S.
J'aimerais que vous me parliez de vos lectures coup de coeur!!!  ;)
Ce serait très intéressant de partager avec les autres... lecteurs...

mercredi 28 septembre 2011

Chronique # 12 : T'ennuies-tu?

L'ennui vient du fait de ne pas faire ce qu'on veut, ce qu'on aime, ce qui nous ressource et nous comble de joie...

Ce sont les choses simples : lire, cuisiner, jouer, inventer, rire, rêver, découvrir, aimer, contempler, expérimenter, grandir, écrire... qui font notre bonheur dans la vie.


C'est plutôt à Joliette que je m'ennuyais!  Je ne pouvais pas faire exactement ce que je souhaitais, j'avais des contraintes d'horaire, des obligations à l'extérieur de chez-moi, mille et une distractions de l'essentiel.  Il était plus que temps pour moi de revenir à une façon de vivre plus lente, plus simple.

Mathieu, puisqu'il continue d'enseigner à Salluit, n'a pas tout à fait la même impression que moi.  Évidemment, il doit suivre l'horaire de l'école, mais en dehors de son travail, le soir, il n'a pas d'autres choix que de ralentir la cadence lui aussi!  C'est tout un ajustement à faire pour un gars actif comme lui!  Ça l'oblige à se demander ce qu'il veut faire...  Ralentir, ça nous fait réfléchir sur ce qui nous anime, ce qui est vraiment nourrissant, ce qui revêt une importance primordiale dans notre vie.

Pour ce qui est des enfants, je dois avouer que je me suis questionnée à leur sujet...  Mon opinion est arrêtée maintenant, parce que j'ai eu l'occasion de discuter avec eux, de les écouter parler de leur vie ici, de leurs souvenirs du Sud...  Je sais qu'ils sont heureux d'être ici.  Cette semaine (alors que nous étions tous les quatre à jouer  dehors, près de la rivière) Sacha a dit, et je le cite, "En quelque sorte, c'est plus amusant ici que chez-nous à Joliette...".  Ce soir, Léa a mentionné qu'ici c'était "notre deuxième chez-nous finalement..."  Et Amandine a répliqué qu'on était chanceux, parce qu'on avait une maison et un chalet...  L'histoire ne dit pas si c'est "la maison bleue" de Joliette ou notre maison de Salluit qui est "le chalet"!  Je n'ai pas osé demander laquelle était considérée comme "le chalet", j'étais trop occupée à rire! 

Pourquoi est-ce que le lieu où l'on se trouve devrait faire en sorte qu'on se sent chez-soi ou non?  Ça fait déjà quelques temps que je le pense, mais à présent, je le SAIS...  D'abord, c'est en soi qu'il faut se sentir chez-soi...  Ensuite, les gens avec qui on partage le quotidien sont, en quelque sorte, notre chez-nous...  Je dis souvent à mon homme que ma maison, c'est lui...  C'est vrai pour moi...

Le matin, nous sommes ensemble, à la table, pour s'aider pendant le travail scolaire, après quoi je prépare le repas du midi avec un de mes petits marmitons pour m'aider.  Mathieu vient nous rejoindre pour dîner et nous avons la chance de nous voir et de nous raconter nos avant-midis respectifs.  En après-midi, chacun s'occupe selon son goût.  Cependant, ils doivent  faire de la lecture à voix haute,  presque tous les jours, de façon plutôt décontractée, au moment qui leur convient. (C'est pour moi... parce que ça me rassure sur l'évolution de l'aisance et de la fluidité de mes petits cocos, c'est ma collègue et amie, Josée, qui serait fière de moi! ;))  Les jeux se multiplient et s'organisent à différents rythmes.  Parfois à vive allure, avec de l'électricité dans l'air, d'autres fois dans une atmosphère paisible...  Pas une journée, bien qu'elles se passent dans le même espace, n'est comme la précédente.  Les enfants sont remarquables par leur capacité à se réinventer, à imaginer des versions différentes de la même idée de jeu.  La folie de la construction à repris de plus belle avec l'arrivée d'une boîte pleine de pailles et de connecteurs qui vient augmenter de façon considérable la collection que  possédaient déjà les enfants ...(Merci Valérie!)  Euphorie!  Ils ont passé tout leur temps libre sur la construction aujourd'hui!!!  J'ai maintenant une ébauche de cathédrale dans mon salon et même Mathieu s'est mis de la partie ce soir, pour aider les enfants à construire l'arche de la porte d'entrée.


La seule mention de manque qui revient de temps en temps est à propos de nos deux chats, Jack et Tom, restés avec Mamie, au Sud.  Ils reviendront peut-être avec nous, après Noël...  Pour l'instant, nous jetons notre dévolu sur les nombreux chiens qui vivent en liberté dans la village.    Il y a bien sûr, PowWow, le chien de nos amis Maggie et Noah.  Il est affectueux et il aime bien nous suivre pour une petite balade en montagne ou dans le village.  Hier, pendant notre sortie quotidienne à l'extérieur, un charmant toutou est venu jouer avec nous.  Je ne saurais vous dire qui, des enfants ou du chien, était le plus heureux?!  Ils l'ont spontanément surnommé Doudou (Mathieu et moi lui trouvions l'allure de Doug, le chien bonasse du film Là-Haut! (UP!) de Disney) et ils ont partagé leurs jeux avec lui pendant tout le temps que nous avons passé dehors.  Ce fut une déception momentanée, à l'heure de rentrer, de devoir laisser "le pauvre petit chien-tout-seul-au froid"...  Heureusement, Mathieu est plus solide que moi quand vient le temps des discussions concernant les animaux!  Le "pauvre petit chien-tout-seul-au froid" est resté dehors!  Il va certainement revenir les divertir d'ici quelques jours! Ça les aidera à passer le temps avant de revoir leurs gentils matous...

Bien sûr, on parle souvent des parents et amis  qu'on ne peut pas voir en ce moment, on se remémore de bons souvenirs, on s'imagine des activités qu'on espère faire avec eux lorsque nous serons de passage au Sud, mais pas une seule fois je n'ai  eu à consoler une peine ou à réconforter un chagrin de ne pas "avoir" leurs amis pour jouer.  Il y a le téléphone, les courriels, le courrier traditionnel...  Les moyens nous permettant de rester en contact sont tellement nombreux et faciles d'accès.  Dès que le désir de discuter avec un ami ou l'envie d'entendre la voix de Mamie se fait sentir, on satisfait notre besoin grâce à l'un ou l'autre de ces moyens de communication.  C'est simple... Si on veut que ce soit simple... :)  Et puis, on est cinq!  Ça fait pas mal de monde pour s'occuper!!!


Je l'ai déjà mentionné, mais je le redis...  Le temps ici est un concept différent que ce que l'on connaît au Sud.  Les gens ont appris à ne pas donner trop de détails sur le temps que prennent les choses pour se concrétiser.  Il y a trop de variables qui peuvent changer le cours des événements.  Le temps est devenu "obsolète" pour le peuple inuit.  Peu de gens s'en soucient.  Alors pour vivre ZEN au Nunavik, il faut s'adapter à cette notion, sinon, on peut vivre bien des frustrations et interpréter de travers leur façon de composer avec le temps.  La température peut influencer l'arrivée d'un avion, d'un bateau...  Il faut l'attendre, on le prendra quand il pourra être là.  Ce que nous pourrions voir comme de la négligence  est en fait  de la résignation. de la patience de leur part.  On doit suivre la nature.. Pas d'autres choix!

Ils n'ont pas besoin de se dépêcher pour arriver au travail, il n'y a pas d'heure de pointe  au village!!!  On marche, on prend une mobylette, un quatre-roues ou un camion pour se rendre là où l'on est attendu.  Pas de rage au volant, pas d'embouteillage...  C'est le gros bon sens que de prendre le temps de vivre!   Pourquoi devraient-ils s'agiter comme des fous?  On vit tous les uns à côté des autres, il y a deux magasins généraux, un "nursing", un aréna, un aéroport, deux écoles, une garderie...  Plus ou moins 1400 habitants...  Environs 20 KM de route pavée... Des montagnes et un fjord époustouflants!  Rien ne sert de courir!!!

Mes journées comme maman au  foyer en charge d'éduquer mes enfants à la maison me comblent de bonheur.   Mon esprit et mes dix doigts sont sollicités en permanence.  Entre le temps consacré à mes enfants, à l'organisation de la maison (la routine des -age...  ménage,  lavage...), à la préparation des repas, au temps pour écrire ce blog et aux  moments pour moi (à lire ou à bricoler pour me ressourcer un peu), je ne trouve pas de temps "mort" qui m'amènent à m'ennuyer.  Je suis ici avec l'homme de ma vie et  nos trois amours...  Nous sommes complets!


Je me lève tous les matins en me disant que je suis vraiment privilégiée de pouvoir vivre des moments si purs et je suis reconnaissante d'avoir l'opportunité de partager mon expérience avec des gens que j'aime.

Alors, à la question qui nous est posée : "t'ennuies-tu?", je répondrai : "non", on a pas,  ni le temps, ni l'envie de gâcher notre séjour dans le Nord avec de l'ennui!  C'est une expérience unique et formidable que nous avons l'occasion de vivre...  Combien de personnes ont la chance de voir l'Arctique et de marcher dans la toundra?  Bien peu de gens!!!  Nous sommes extrêmement choyés!  Et si, à un moment durant notre vie au Nord, l'ennui cogne à ma porte, je n'hésiterai pas et je prendrai l'exemple sur mon homme, je dirai : "Dehors le pauvre-sentiment-vain-et-inutile-qui-veut-saboter-mon-existence!"  Et je tâcherai de me souvenir de la valeur extraordinaire qu'a pris le sens de nos vies depuis que nous habitons à Salluit...   :)